Là où la
configuration rendait la place plus vulnérable, il existait deux murailles séparées par
un Boulevard ou Basse-Cour. Ces murailles avaient de un mètre vingt-cinq à trois mètres
d'épaisseur, en outre, s'ajoutait à ce surcroît de défense, à l'ouest et au
nord-ouest, un fossé profond large d'environ vingt mètres. Ce fossé était pavé, sans
doute pour en faciliter le nettoyage. Pour alimenter ce fossé, une digue de retenue d'eau
avait été construite, obturant la vallée du ruisseau. Elle s'appuyait d'une part à
l'escarpement supportant le château (à peu près à l'endroit où de trouve aujourd'hui
le petit castel) et d'autre part aux contreforts du plateau des Varennes.
La vallée du
ruisseau était ainsi transformée en étang, profond, dont une partie contournait, en
suivant les fossés pour retourner à la rivière, par la dénivellation qui commence au
fond de la cour actuelle.
Une seule avenue
permettait l'accès de la forteresse, que défendait une première porte, celle dont les
vestiges sont encore assez bien conservés, pour qu'on puisse constater sa puissance
défensive. Cette porte voutée avait quatre logettes, voûtées également, ménagées
dans l'épaisseur des piedroits ; soit : une logette de chaque côté, au rez-de-chaussée
et la même disposition à l'étage au-dessus.
Dans chacune de ces
logettes étaient ménagées de hautes et étroites meurtrières, évasées vers
l'intérieur, pour faciliter le maniement des armes et l'observation. Les défenseurs,
occupant les logettes supérieures actionnaient en outre, la sarragem ou herse, qui
coulissait verticalement dans deux larges et profondes rainures, creusées dans les
pierres des piedroits.
Entre le sol et la
voûte existait une planche à claire-voie permettant de projeter de l'eau ou de l'huile
bouillante sur les assaillants, lorsque ceux-ci, ayant forcé l'entrée première du
passage, se trouvaient dans l'étroit espace compris entre celle-ci et la herse. On n'a
jamais trouvé trace du pont-levis.
A environ cinquante
mètres de cette porte, et à droite (en lui faisant face du dehors), nous avons trouvé
dans la muraille d'enceinte, une étroite ouverture et des marches permettant de descendre
dans le fossé.
Au sud-ouest, à
l'angle de la première enceinte, se trouvait une grosse tour, dont le soubassement est
encore visible dans la cave de deux maisons. au midi, sous le jardin du petit castel, le
mur d'enceinte (en soutènement), a encore huit mètres de haut et trois mètres
d'épaisseur.
Au nord et nord-est,
ces murs (en élévation), ont aussi sept à huit mètres de hauteur et un mètre
vingt-cinq d'épaisseur, mais toute la partie supérieure a disparu.
A gauche de la porte
d'entrée (l'observateur étant placé comme dit précédemment) et à environ
cinquante mètres, était la prison. Ce bâtiment formait l'angle nord de la muraille
d'enceinte. C'est la partie la mieux conservée dans son caractère primitif, de ce qui
reste du château. L'entrée, encore visible, était établie sous forme d'étroit
couloir, dans l'épaisseur du mur d'enceinte. Dans ce couloir était aménagé le lieu
d'aisance des prisonniers (endroit encore intact) puis le couloir ou plutôt le
boyau exigu va, en s'inclinant et au moyen de huit marches de pierre, on descend enfin
dans la prison. L'intérieur est de forme pentagonale, irrégulière, les murs ont un
mètre soixante-quinze d'épaisseur et les malheureux qui étaient enfermés là ne
pouvaient conserver aucun espoir d'évasion.
La première enceinte
franchie, on se trouvait dans le "boulevard" appelé aussi "baille"
ou "basse-cour", endroit qui était le refuge des sujets du
seigneur, dans les moments critiques. Dans cette basse-cour, se trouvaient certaines
dépendances : colombiers, poulaillers, remises et quantités de réduits divers. Elle
était séparée du château proprement dit par un second mur d'enceinte, appelé par
certains auteurs : courtine. Ce mur était percé d'une porte
qui se trouvait orientée dans l'axe de celle dont la description a été faite
précédemment. Mais à l'inverse de celle-ci, il ne reste de cette seconde porte, comme
vestiges, que quelques pans de murailles ancrés dans le roc, lequel avait été taillé
en tranchée, sur la largeur convenable, pour rendre l'accès moins abrupt. Cette seconde
porte franchie, se trouvait la cour.
A gauche, d'abord, un
corps de garde, ensuite la cuisine, puis le pavillon d'habitation (le pré
situé sous le mur s'appelle encore pré du pavillon), enfin, toujours à
gauche et près du clocher actuel, les écuries (En établissant les
fondations du clocher en 1865, on a trouvé des fers à cheval, boucles, chaines et même
de l'avoine).
La chapelle était la
dernière construction de ce côté. A droite était le mur de la courtine dont il
subsiste encore des restes importants, puis deux petites tours carrées.
Dans le pan d'une de
ces tours, s'ouvrait une petite poterne à cintre que l'on voit encore. Les fouilles y ont
fait découvrir un escalier de pierre. Le pan, faisant vis-à-vis, avait une baie donnant
dans le donjon. De sorte que, lorsque la situation devenait désespérée, les assiégés
pouvaient tenter de s'échapper du donjon où avait lieu la résistance suprême, en
s'efforçant de franchir la poterne d'où partait un chemin, aboutissant à la digue qui
obturait la vallée (Chemin appelé, encore de nos jours : chemin de la
poutarne), du ruisseau.
 |
La citerne à eau était creusée
en plein roc, presque sous le donjon ; elle est divisée en trois galeries de façon à
ménager des piliers de soutènement. La citerne emmagasinait vraisemblablement l'eau de
pluie qui coulait des toitures des bâtiments. L'escalier de cette citerne est voûté sur
environ deux mètres cinquante de longueur, là où finit la voûte maçonnée, commence
la voute rocheuse. La galerie de droite a trois mètres de long et un mètre
soixante-quinze de large à l'entrée (deux mètres vingt-cinq de large au
fond). La galerie de face a trois mètres de long, un mètre quatre-vingt de
large. Enfin, celle de gauche a sept mètres vingt de long, un mètre
quatre-vingt-dix de large. Le tout avait au moins environ deux mètres de haut ; mais les
amas de pierre et de terre, amoncelés, à cause de la déclivité, par les pluies, ont
réduit de beaucoup, cette hauteur. Aucune traces d'autre ouverture ou de conduit n'ont
été trouvées. Cette citerne pouvait contenir quatre vingt mètres cubes environ.
|
Le
visiteur entrant dans la cour, voyait donc au fond : la chapelle à gauche et le donjon à
droite. Entre ces deux constructions existait un dégagement permettant de descendre dans
la basse-cour et d'accéder au mur de défense extérieur.
Il a été trouvé
dans le cimetière actuel, en creusant une fosse, trois marches de pierre taillée,
semi-circulaires, à environ un mètre vingt de profondeur.
Le plan du château étant
ainsi esquissé, ajoutons que, malgré nos recherches, aucun vestige permettant de situer
l'emplacement du village n'a pu être remarqué.
Nous sommes un peu
mieux renseignés sur celui du cimetière, lequel devait se trouver aux environs de
l'auberge actuelle. Certaines trouvailles faites dans le pré qui est derrière les
bâtiments de cette auberge, appuient cette hypothèse, en particulier des ossements
humains et une curieuse croix de bronze semblant dater du XIIIe siècle, que nous avons
conservée.
Le gibet était
édifié loin du château dans le bois de l'Epinay, à un endroit encore appelé de nos
jours : la chaume de la justice.
D'après divers
documents que nous avons pu étudier, nous avons pu dresser le tableau ci-dessous des
dates des travaux effectués au château de Pierre-Perthuis.
Première
construction . 935-968, évêque Rodmont.
Reconstruction : XIIe
siècle, évêque Rodmont.
Réparations : 1360,
Philippe de Rouvres.
Reconstruction des
défenses : 1388, de Châlons.
Réparations : 1433 :
Philippe le Bon, suzerain.
Restauration
complète : 1438, Philippe le Bon, suzerain.
destruction partielle
: 1580 par la ligue.
Réfection : ??
Destruction totale :
1591 par Daumont.
LE CHATEAU DE PIERRE-PERTHUIS DANS
L'HISTOIRE
Vers l'an 900 la
Bourgogne, et surtout les environs de Vézelay, furent ravagés par les Normands qui
mirent à mal le monastère de Saint-Père. Charles le Chauve, par traité, acheta leur
retraite pour une somme de quarante mille livres.
Une amende générale
qui produisit cinq mille livres fut imposée sur toutes les propriétés de la Neustrie
septentrionale et la Bourgogne Neustrienne au profit des Normands. Il est à remarquer
qu'environ une centaine d'années plus tard, tout le territoire situé sur la rive
gauche de la Cure, relevait des Comtes de Nevers, celui situé
sur la rive droite dépendait du Duc de Bourgogne.
Or, les Comtes de
Nevers, quoique vassaux des Ducs de Bourgogne, leur faisaient fréquemment la guerre et la
position du sire de Pierre-Perthuis, devenait alors très délicate, ses terres se
trouvant à la fois sur les deux rives et littéralement entre l'enclume et le marteau.
Les terreurs de "l'an
Mil" passées, un grand nombre de léproseries, hospices, maladreries, se
trouvèrent fondés.
Le seigneur de
Pierre-Perthuis en avait fait construire une, près d'une fontaine qui se trouvait au
lieudit : "La Presle". L'eau de cette fontaine passait alors
pour guérir la lèpre. Cinquante ans plus tard, les brigandages sur les chemins, se
pratiquaient beaucoup dans les environs de Vézelay, à cause des pélerinages et de la
fréquentation des routes qui en résultait. Sous Louis VI, des changeurs de Vézelay
allant aux foires de Provins, furent dévalisés, sur le chemin du roi, par le Vicomte de
Sens.
Aux époques de
calamités publiques, telles que la peste, la sécheresse, etc ... des villes comme
Corbigny, Clamecy, Avallon, et même d'autres plus éloignées, envoyaient des habitants
faire des processions à Vézelay et implorer Sainte-Madeleine pour obtenir sa protection.
Ces processions attiraient donc beaucoup de personnes venant de toutes les directions et
vers l'an 1100, le brigandage avait pris une grande extension. Sous des noms et des
aspects divers, des scélérats couraient les grands chemins : faux clercs, faux
pélerins, faux mendiants, faux monnayeurs. tout passant devenait suspect, et il faisait
bon de ne s'aventurer sur les chemins, qu'en bonne compagnie.
Même en vue de la
basilique, le danger, loin d'être écarté, grandissait parfois encore. Tantôt,
c'étaient les Comtes de Nevers qui, contre les religieux de Vézelay, gardaient les
abords de la ville en interdisant les pélerinages et rançonnant les pélerins, tantôt,
d'autres brigands de moindre envergure, s'embusquaient dans les gorges d'Asquins ou de
Pierre-Perthuis et fondaient sur les gens paisibles.
Les possesseurs des châteaux,
bâtis de tous côtés pour arrêter les courses des Normands, devinrent, dans la suite,
un fléau presque aussi funeste que ne l'avaient été les pirates. Beaucoup de ces
châtelains pratiquaient le brigandage, pour leur compte personnel, sous une forme plus ou
moins déguisée. Certains se tenaient à proximité des grands chemins, avec un oiseau de
proie sur le poing, accompagnés de tout l'attirail de la chasse appelé : "vol
ou volerie". Les passants qui les prenaient pour des chasseurs, se
laissaient approcher sans crainte et ils étaient alors dépouillés et parfois même,
massacrés. C'est de cette chasse, simulée, que le nom de vol, est devenu synonyme de
rapine.
Quand ce n'était pas
sur les chemins qu'ils attendaient leurs victimes, c'était du haut de leurs châteaux,
d'où ils voyaient tout ce qui passait dans les plaines ou les vallées, qu'ils
accouraient, avec leurs hommes d'armes, rançonner les voyageurs et piller les marchands.
Ainsi les nobles châtelains, à cette époque de désorganisation, détroussaient les
passants.
En 1164, Etienne 1er,
sire de Pierre-Perthuis, assista à un accord fait entre Allain, Evêque d'Auxerre, et
Guillaume de Nevers. La même année, il paraît comme témoin dans une transaction entre
l'Abbesse de Saint-Julien d'Auxerre et le Comte de Joigny.
Plus tard, ses fils,
Etienne II et Hugues figurèrent comme témoins, également, au traité de paix conclus
entre le Duc de Bourgogne et Guy, Comte de Nevers, traité dont une des clauses
spécifiait que le Comte de Nevers, détruirait les fortifications qu'il avait élevées
pour empêcher l'Abbé de Vézelay d'approcher du gué de Chandon, entre Saint-Père et
Asquins.
Etienne II partit en
Terre Sainte et tomba gravement malade, sous les murs de Saint-Jean-d'Acre. A sa mort, il
laissa vingt sous de rente aux églises de Pierre-Perthuis et de Corbigny, à charge de
celles-ci de faire dire des prières pour le repos de son âme.
Le temps passait et les
brigandages continuaient toujours. Le roi Philippe-Auguste vint à Vézelay où il tint un
petit parlement dont fit partie le sire de Pierre-Perthuis. Un arrêt fut rendu contre les
seigneurs pratiquant le brigandage. De ce nombre était Gérard de Vienne qui rançonnait
et pillait les bourgades et même l'abbaye de Vézelay.
Philippe-Auguste le
convoqua au château de Pierre-Perthuis. Convaincu des crimes qui lui étaient reprochés,
il fut condamné à réparer les nombreux dommages qui lui étaient reprochés, vols et
sacrilèges, avec défense de mettre en forteresse, quoi que ce fut. La charte qui fut
dressée en cette circonstance, se terminait par ces mots : "Satum Petra
Perthuisi in palado nostra" (donné en notre palais de Pierre-Perthuis), ce
qui pourrait faire penser que Philippe-Auguste était seigneur direct du lieu, mais il
convient de remarquer qu'il parlait plutôt comme suzerain.
A son retour de la
troisième croisade, Philippe-auguste s'était remis à administrer son royaume. Pendant
qu'il luttait contre le roi d'Angleterre, les vassaux se faisaient la guerre entre eux et
les désatres étaient, comme toujours, supportés par la population des campagnes.
En 1196-97, Guillaume de Brienne, qui avait des contestations avec son parent Pierre de
Courtenay, Comte d'Auxerre et de Nevers, traversa le comté d'Auxerre et ravagea la
vallée de la Cure, sous prétexte que l'abbaye de Vézelay était sur les terres de son
ennemi.
Accompagné de ses
frères, et à la tête d'une petite armée de Champenois, il vint assiéger Vézelay,
mais comme la ville résista à tous ses efforts, il se vengea de son échec en dévastant
les villages aux alentours de l'abbaye. Précy, sous Pierre-Perthuis, Foissy, Asquins,
Versigny, Varigny et Blannay, furent la proie des flammes.
En 1214, le Comte de
Vergy reconnu tenir fief et hommage au Comte de Champagne, des deux châteaux de
Pierre-Perthuis et de Châtel-Censoir.
En 1220, Guy, qui, avec
son frère Guillaume, succédait à de Vergy, ratifia le don de plusieurs moulins et d'un
battoir, situé sur la Cure, entre son château et Saint-Père. Cette donation avait été
faite aux Templiers d'Island. Dans l'acte, Guy déclare, qu'à sa demande, l'abbé de Cure
scellât le document, parce que lui, Guy, "n'avait pas de sceau".
Lorsque, ensuite,
Anséric de Toucy devint seigneur de Pierre-Perthuis, il affranchit les habitants de ses
terres, d'une partie de leurs redevances.
En 1337, Geoffroy de
Charny prend part, en qualité de banneret, aux expéditions du Languedoc et de la
Guyenne, sous les ordres du Comte d'Eu, Maréchal de France. En 1340, il est avec le Duc
de Bourgogne, dans les Flandres, contre les Anglais. En 1341, il était à Angers, au
service du Duc de Normandie, roi, sous le nom de Jean le Bon. En 1343, en considération
de ses bons services, Geoffroy de Charny, toujours seigneur de Pierre-Perthuis, fut nommé
par le roi, gouverneur de Saint-Omer. Il fut l'un des plénipotentiaires appelé à
discuter entre la France et l'Angleterre, les conditions de la trève qui, par la suite
fut signée le 28 septembre 1347. Il fut fait prisonnier à Calais, le 1er janvier 1350,
et passa six mois de captivité à Londres.Philippe de Valois envoya les douze mille écus
de sa rançon à Edouard III. A son retour, Geoffroy de Charny repris son gouvernement de
Picardie. Le 19 septembre 1356, il tombait, à la bataille de Poitiers, avec la bannière
de France qu'il portait.
C'est un peu après
cette époque qu'Edouard III s'empara du château de Pierre-Perthuis et en chassa son
successeur Guy et ses troupes.
En 1360, Edouard III,
qui avait envahi toute la région, consentit à signer un traité à Guillon. On
appela ce traité le "traité des moutons", parce que le
versement de la rançon qu'il exigeait, devait être effectué avec des pièces appelées
Mouton. Pour ce traité le Duc de Bourgogne s'engageait à verser au roi d'Angleterre,
deux cent mille deniers d'or ou mouton. De leur côté, les Anglais s'engageaient à
quitter la Bourgogne dans le plus bref délai et à se retirer vers le Poitou. Après la
signature de ce traité, les seigneurs Bourguignons, n'ayant plus à faire les versements
prévus, les Anglais continuèrent d'occuper la province. Dans notre région, ils prirent
possession d'Asquins et de Saint-Père. Ils mirent une garnison à Pierre-Perthuis et
celle-ci, trouvant le pays à son goût, s'y installa commodément, faisant des incursions
dans les environs, que les pillages des années précédentes avaient déjà appauvris.
Gênés par ce
désagréable voisinage, les gens de Vézelay réussirent à s'emparer du château de
Pierre-Perthuis et à en chasser les Anglais.
Mais l'ennemi tenait à
ce poste, et pour le reprendre, ils se glissèrent, de Menades et d'Usy, jusque dans les
bois qui avoisinaient la forteresse et s'y dissimulèrent. La journée suivante, deux faux
mendiants vinrent à la porte du château, solliciter l'autorisation de faire travailler
là deux chiens savants.
Aucun danger apparent
ne se manifestant, cela leur fut accordé et bientôt la garnison se trouva en grande
partie attirée par la curiosité, près de la porte, c'est-à-dire à l'opposé
exactement des murs, non loin desquels était caché l'ennemi. Les Anglais profitèrent de
l'inattention ainsi provoquée, passèrent la Cure, escaladèrent les rochers abrupts et
entrèrent par le "goutterot" (toiture peu élevée de la
chapelle). Ils se trouvèrent dans la place avant que leur présence fut soupçonnée.
La défense s'avéra
impossible et les Anglais furent de nouveau maîtres du château. Ils désarmèrent
la garnison composée de quatre-vingt-deux hommes qu'ils renvoyèrent en leur laissant que
le bois de leur arc. A peine réinstallés, les Anglais recommencèrent leurs
déprédations, pillant les dernières ressources des villageois. Foissy, déjà brûlé
en 1196, fut de nouveau incendié, ainsi que Tharoiseau et ces villages demeurèrent
ensuite longtemps inhabités.
Ils enlevèrent, pour
en obtenir rançon, des sujets du duc de bourgogne tels que : Bureau de
Maison-Comté, chanoine d'Autun, et Jean de Bourbon, doyen d'Autun, conseillers du Duc et
qui furent tous deux retenus en captivité au château de Pierre-Perthuis.
Les Vézeliens avaient
remis leurs murailles en état, et du haut de leur colline, surveillaient les bandes
anglaises. Le Duc de Bourgogne projeta, à ce moment, de diriger lui-même, une action
offensive contre ses ennemis. Vézelay répondit à son appel en donnant pour
l'expédition "cent moutons d'or", s'engageant, en outre, à en verser quatre
cents autres, au plus tôt.
Les contingents
Bourguignons, réunis à Semur, Montréal et Avallon, accoururent sous la conduite de cinq
de leurs seigneurs, renforcés par des mercenaires Allemands, commandés par Pierre
d'Aremberg, plus vingt-quatre hommes d'armes, et deux-cent-trente "brigands",
lesquels étaient des fantassins portant la cotte de maille appelée à l'époque "brigandine".
Ceux-ci étaient sous les ordres de l'aventurier Italien Bertand Gasch, lequel donna
quittance de la solde reçue par lui et ses soldats, le 14 avril 1360.
Saint-Père était
occupé par les plus hardis des Anglais qui, de là, surveillaient Vézelay, dont la
garnison s'inquiétait. Les Vézeliens résolurent de faire une vigoureuse sortie. La
lutte ne donna victoire ni aux uns ni aux autres et les Vézeliens rentrèrent chez eux
ramenant quelques prisonniers, parmi lesquels se trouvait un chef Anglais nommé Guillaume
du Pestrin.
Les forces du Duc de
Bourgogne et de Vézelay réunies, étaient importantes et le siège de Pierre-Perthuis
commença bientôt, sous les ordres du Duc de Bourgogne lui-même. Après divers combats,
une brèche fut ouverte entre le donjon et la chapelle, et la place fut emportée
d'assaut. Les Vézeliens pénétrèrent les premiers dans la place. Le siège avait duré
du 14 au 23 août.
Le Duc nomma capitaine
de Pierre-Perthuis, Thibault de Rie, et le chargea de la défense de la place avec
dix-huit hommes d'armes (précisons ici qu'un homme d'armes avait obligatoirement droit à
son écuyer et trois servants : dix-huit hommes d'armes faisaient donc quatre-vingt-dix
soldats). Ces hommes d'armes devaient recevoir chacun soixante florins, et leur capitaine
cent-vingt. Deux jours après la prise de Pierre-Perthuis, Philippe de Rouvres chargeait
le châtelain d'Avallon de réclamer à Vézelay les "quatre cents moutons
d'or" promis, en spécifiant que cette somme serait remise à la garnison de
Pierre-Perthuis, à valoir sur ses gages.
Enfin, en 1360,
toujours, le Duc de bourgogne acheta le château de Pierre-Perthuis, et donna l'ordre à
Jehan Gauterain, châtelain d'Avallon, d'administrer sa nouvelle propriété. Ce dernier
fit réparer le château et inscrivit dans son compte de gestion, la dépense suivante :
"Baïe à Ouvot, Lescuyer et Etienne Bille, de Saint-Père, maçons Aussier (Nausser)
le goutteret du castel dou chastel, par où les Angloys l'ont emblé et ung autre mur qui
est de l'écairie (angle) dou moustier jusques l'écairie dou donjon par où ceulx de
Vézelay sont entrés, quinze florins, quatre gros".
En 1365, les premières
apparitions des grandes compagnies sont signalées dans le pays. Ces troupes étaient
composées surtout d'étrangers, Aragonnais, Navarrais, Brabançons, Rhénans, etc ...
C'étaient des bandits commandés souvent par des gentilshommes gascons tels qu'Eustache
d'Ambécourt, Armand Cervolès, surnommé l'archiprêtre, qui, en 1357, avait fait la
guerre au pape, Jean Guthé, natif de Sens, qui eut la témérité de se faire
proclamer roi de France ! Puis Robert de Martin que sa férocité avait fait surnommer :
Robert le Diable, de Lambège, de Moulins et bien d'autres.
Outre le nom de Grandes
Compagnies, on appelait ces troupes : Malandrins, Tards venus, etc ... Sept mille de ces
routiers entrèrent en Bourgogne, puis envahirent les environs de Vézelay. Précy,
Foissy, furent occupés par ces bandes : Pierre-Perthuis fut pris et repris, finalement,
ils en furent rejetés. Ils attaquèrent alors Vézelay, mais la ville aux moines,
défendue par ses habitants et appuyée par les forteresses de Pierre-Perthuis et de
Fontenay, résista. Finalement, des bandes bretonnes établirent leur quartier général
à Arcy-sur-Cure et pillèrent Lucy-le-Bois, Châtel-Gérard et
Pierre-Perthuis.
L'un des principaux
chefs de bande, Garciot del Castel promit de ne plus rançonner le pays, si on lui versait
cinq mille florins. La somme fut réunie avec difficulté et Garciot, effectivement,
s'éloigna. Mais après lui, d'autres parurent qui ne se considéraient aucunement liés
par cet engagement et les déprédations reprirent de plus belle. La situation devint
effroyable. Menades, Tharoiseau,Soeuvres, furent abandonnés, Précy-sous-Pierre-Perthuis
fut également déserté par ses habitants. Le document où nous puisons ces lignes
précise : "La plus grande partie des habitants estoient fuis et le présents
moraient de faim. A Charancy, Foissy, Chalvron, impossible lever les tailles, on ne trouve
nulle part un grain d'avoine, ou une géline (poule)".
En 1373, enfin, une
nouvelle armée anglaise, sous les ordres du Duc de Lancastre, séjournant à Avallon,
approcha jusque sous les murs de Vézelay, mais heureusement elle ne dirigea pas d'attaque
sérieuse contre la région.
En 1375, lorsque Jean
de Châlon prit, par son mariage, possession du château de Pierre-Perthuis, la situation
ne faisait qu'empirer. Par ordre du roi, le bailly d'Auxoy mit toute la noblesse de la
région sous les armes et fit rentrer dans les enceintes fortifiées, tous les villageois
qui s'étaient décidés à revenir dans les ruines de leur foyer. Il s'agissait de se
mettre en garde contre les anciens hommes d'armes licenciés dont la guerre était le
gagne-pain et qui parcouraient en bandes les régions appauvries, où ils vivaient de
pillages. Dans cet état de désarroi général, souvent les soldats du roi, eux-mêmes,
rivalisaient avec ceux de Charles le Téméraire et les routiers, et s'activaient autant
à piller qu'à rétablir l'ordre.
En ce temps-là, non seulement les
chemins étaient peu sûrs, mais ils constituaient même une cause permanente de ruine,
pour les villages situés à proximité. En outre, les rivalités de paroisse à paroisse
neutralisaient le peu de forceque l'union, dans l'action défensive, aurait pu donner.
Seules, les paroisses enfoncées dans les milieux des terres, sans communications faciles,
étaient protégées, par leur position même d'isolement.
Pour se défendre contre les
pillards, le château de Pierre-Perthuis releva ses murs, de nouveau, vers 1358. En 1432,
il soutint encore un siège et fut pris par les troupes de Charles VII, en guerre avec le
duc de Bourgogne et le roi d'Angleterre. Ce prince y laissa une petite garnison pour
garder sa prise, garnison insuffisante puisque ses ennemis réussirent à reprendre le
château, une fois de plus.
Le 2 novembre 1433, le
duc de Bourgogne fit investir à nouveau le château de Pierre-Perthuis, où les troupes
royales étaient installées. Cette place était alors si forte que lorsque le duc en
visita les abords, il la jugea imprenable d'assaut, mais le sire de Charny, capitaine
général de Bourgogne, tenait à voir tomber ce château, que ses aïeux avaient
possédé.
Le lendemain, 3
novembre, les soldats bourguignons attaquaient à la pointe du jour. Les murailles de la
première enceinte furent assaillies et franchies. Le duc pénétra avec ses troupes dans
la basse-cour. Les défenseurs de la place, sous la pression des assaillants, se
réfugièrent alors dans la deuxième enceinte. La seconde attaque commença entre la
courtine et le donjon. Cette enceinte fut franchie et les derniers défenseurs se
replièrent dans le donjon. C'était une tout carrée massive et indépendante. Elle
abritait les archives, le moulin à bras et le trésor.
Au bout de l'escalier
était rangée une provision de grosses boules de pierre d'environ 0m.60 de diamètre et
pesant environ cent kgs. Ces boules étaient destinées à être poussées dans
l'escalier, lorsque celui-ci était envahi par l'ennemi. Leur rebondissement dans
l'escalier de pierre, leur poids, et la rapidité de leur passage devaient en faire une
arme redoutable. (on peut encore voir dans le village deux de ces boules) (rectification : en 1997, ces boules ont disparu, on ne sait comment, du
village ! (rectification : en 1997, ces boules ont disparu, on ne sait comment, du
village ! ). |
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Les
soldats du duc gravirent alors les rochers du côté de l'ouest, à l'intérieur même de
la place, pendant que d'autres attaquaient du côté de la cour. Les assiégés furent
pressés avec tant de fureur que, réduits à la dernière extrémité, ils durent
capituler après un combat acharné où il y eut beaucoup de morts de part et d'autre. Les
honneurs de la guerre et la liberté furent accordés aux vaincus, à la condition qu'ils
rendissent les prisonniers qu'ils avaient fait précédemment, ils s'engagèrent aussi à
abandonner au duc de Bourgogne la ville de Cravant, qu'occupait alors un autre parti de
leur troupes.
En 1440, ce fut
l'apparition des écorcheurs. Un de leurs capitaines s'empara de Voutenay et du château
fort qui protégeait cette bourgade. Ils vinrent ensuite rôder autour de Vézelay et
d'Avallon, dont ils convoitaient les positions. Les Vézeliens, commandés par Jean de
Pribourg, gouverneur de Bourgogne, les battirent en 1441, les forçant à la retraite. Les
écorcheurs, en se retirant, saccagèrent Charosseau (Tharoiseau
?), puis commandés par Robert Floquet, ils occupèrent Pontaubert,
Vault-de-Lugny, et Maraud-Island fut par deux fois livré aux flammes et au pillage.
Floquet resta quinze jours aux environs d'Avallon, mettant à contribution les château de
Presle et de Beauvoir, certains habitants furent martyrisés et massacrés.
Une fois de plus, le
château de Pierre-Perthuis fut pris. Il devait abriter l'ennemi trois ans. Traqués et
pourchassés par les troupe du duc de Bourgogne, les écorcheurs se relevaient toujours de
leurs défaites et n'en étaient que plus terribles pour les populations. Enfin, en 1443,
le duc de Bourgogne reprit la place forte de Pierre-Perthuis. Il fêta sa victoire en
festoyant dans le château durement conquis avec ses chevaliers le 5 novembre. Le
lendemain de sa victoire, le 6 novembre, il y signa un acte par lequel il donnait à
Claude de Beauvoir, vicomte d'Avallon, son chambellan, l'autorisation de faire réparer
les fortifications de Pierre-Perthuis qui avaient beaucoup souffert du combat. Il alla, le
7, à Vézelay et quitta le lendemain la région qu'il laissait à nouveau absolument
épuisée.
La Bourgogne fut enfin
débarrassée des écorcheurs vers 145, mais les années de disette se prolongèrent et on
s'ingénia à fabriquer du pain avec tout, sauf avec de la farine ; on mangeait des
fougères. La ruine était partout.
En 1470, des hommes de
Précy-sous-Pierre-Perthuis furent envoyés de nuit à Avallon, pour faire savoir au
capitaine de la ville, "qu'à Montceau, il y avait des gens d'armes
assemblés pour venir corre en Bourgogne". Malgré cette constatation qui
devait faire redoubler de vigilance, Pierre-Perthuis est surpris et occupé par les
soldats de Louis XI. L'année suivante, les ennemis de celui-ci dirigèrent sur ce point
des troupes et le château fut repris.
En 1515, Jean-Adrien de
Sainte-Maure, sire de Pierre-Perthuis, trouva la mort à la bataille de Marignan. Il faut
arriver au règne de Henri II pour constater que le royaume commence à être policé !
Claude Hatton
dit, dans ses mémoires, qui vont de 1553 à 1582 : "Il faisait bon vivre en
France, car le roi Henri avait si bien policé la gendarmerie et en telle façon mis
ordre, que, non seulement les gens de guerre n'eussent rien osé prendre des biens du
paysan sans le payer de gré à gré, mais aussi ne les eussent osé dételer de leur
harnais et charrue, ni dérobé de leurs travaux pour se faire guider par eux".
Ni dérobé de leur labourage pour porter leur bagage, sous peine de la hart, ni prendre
leurs chevaux ou charrettes, si ce n'est en payant et en cas de nécessité absolue.
Les poules et autres
volailles étaient parmi les jambes des dits gens de guerre, ès maisons des villageois et
n'en eussent pas tué une seule sans demander congé à l'hôte et pour de l'argent "Ils
ne faisaient ni bruit ni insolences es maisons des dits villageois".
Evidemment, s'il en
était ainsi, le changement était extraordinaire et valait d'être conté.
En 1558, une réunion
de sept cent gentilshommes de la région, mit en discussion les fortifications de Lormes,
Chastellux et Pierre-Perthuis.
En 1576, les
protestants se rassemblèrent en armes à La Charité-sur-Loire, en Nivernais, et de là,
leurs bandes se répandirent dans les campagnes, imposant des contributions, enlevant les
bestiaux et les récoltes. Partout on se mit à relever les murailles des villes et des
bourgs. A la fin de XVIe siècle, la situation d'Avallon devint difficile : les royalistes
s'étaient emparés de Montréal, Isle-s.-Montrint, Girolles, Mailly-la-Ville, et
Tharoiseau. Ils vinrent se joindrent à eux à Vézelay et
Mailly-le-Château.
L'un des chef de la
ligue, le duc de Nemours, vint s'emparer du château de Pierre-Perthuis, vers 1580, mais,
craignant, s'il était délogé de voir cette place tomber au pouvoir des royalistes, leur
fournissant ainsi un puissant point d'appui, il fit démanteler le château. Là, se
bornèrent ses succès. Les années 1583-1584-1585, furent très dures dans la contrée :
à la famine s'ajouta la peste qui fit de nombreuses victimes dans nos pays.
En 1588, Vézelay prit
parti pour la ligue et son gouverneur, Joachim de Rochefort-Pluviaux réquisitionna les
habitants de Saint-Père, d'Asquins et de toutes lesprovinces voisinnes, pour remettre en
état, au plus vite, les fortifications de la Place. Au mois de juillet, les protestants
qui tenaient pour le roi, vinrent attaquer Vézelay. Ils prirent Asquins le 11 juillet et
passèrent toute la garnison au fil de l'épée, puis ils signèrent avec
Rochefort-Pluviaux, une trève de quatre mois.
En 1590, la ligue
causait toujours de grands troubles. Edme de Rochefort, qui remplaçait son père
décédé, enrôla de nouveaux comme pionniers les habitants de Saint-Père, afin de
rendre Vézelay plus formidable que jamais. Il fit aussi raser les remparts, cependant peu
sérieux qui entouraient Saint-Père, de crainte que les royalistes s'y retranchent pour
attaquer Vézelay, comme ils s'étaient déjà retranchés à Tharoiseau où ils avaient
un dépôt de poudre et de munitions.
Rochefort parvint
ensuite à enlever tharoiseau, mais peu de temps après, se soumet à HENRI IV qui lui fit
cette promesse : "Nous voulons que la mémoire soit esteinte et abolie au
sujet de la prise des armes, démantellements et spécialement des destructions des
châteaux, forteresses, comme des bourgs de Tharoiseau, Saint-Père, Menades, etc
...". Peu après, le château de Pierre-Perthuis fut attaqué par le
maréchal Daumont.
Dans cette attaque on
se servit d'armes à feu et plus spécialement de fauconneaux dont un a éclat" car
il a été retrouvé des débris aux abords du château, ainsi que plusieurs boulets, en
fer ou en pierre. Le maréchal Daumont, après sa victoire, fit non seulement démanteler,
mais incendier, puis détruire de fond en combles, le château. La destruction fut, cette
fois, complète et définitive, et Pierre-Perthuis cessa de jouer un rôle dans
l'histoire.
Avant son
anéantissement total, il avait été pris ou repris de haute lutte, au cours des
siècles, seize fois !
Dans les deux chapitres
ayant trait, l'un à la succession des seigneurs de Pierre-Perthuis, l'autre à
Pierre-Perthuis dans l'histoire, nous avons évité, autant que possible, des copies de
textes d'auteurs contemporains des faits ou celles d'actes juridiques ou conventionnels.
Nous avons estimé
que leur reproduction en latin, bas latin, ou vieux français alourdirait encore une relation
qui, même au prix de ces coupures demeure forcément assez aride.
Ajoutons seulement que nous avons conservé de
nombreuses copies de ce genre ...