QUELQUES
MOTS SUR LA FÉODALITÉ
On sait qu'à l'origine
de la féodalité, après le règne de Charlemagne, les hauts fonctionnaires cherchèrent
à se rendre indépendants en s'attribuant des domaines, lambeaux par lambeaux, ne
s'engageant à servir l'autorité royale qu'à ce prix.
Charles le Chauve, par
une ordonnance rendue en 877, et qu'il eut la faiblesse de leur accorder, leur donna droit
que les terres, charges et offices royaux, soient héréditaires. Après cet édit, la
désorganisation devint complète, ces personnages continuant à observer, entre eux, la
hiérarchie de leurs grades respectifs. De là vinrent les ducs, marquis, comtes, des
provinces et des villes, et les barons des campagnes.
Comme ils étaient
aussi impuissants que le roi contre les Normands et les Sarazins, un édit de 862, avait
ordonné aux vassaux du roi, de construire ou de réparer les forteresses ou châteaux
contre lesquels devraient se heurter les envahisseurs.
Les maîtres de ces
forteresses contribuèrent donc d'abord à défendre le pays. Mais plus tard la
féodalité devint oppressive. En outre, la permission accordée aux évêques, abbés et
en général à toute personne libre de posséder des fiefs, créa cette foule de
seigneurs subalternes, dont le nombre fut tel, en Morvan, que chaque paroisse en compta au
moins un, et quelquefois, jusqu'à six !
Le reste de la
population tomba alors dans une dépendance absolue et ne connut d'autres lois que la
volonté de ses maîtres.
La noblesse et le
clergé finirent par avoir ainsi de véritables sujets et c'est ce qu'on appela le
servage. En particulier, la classe paysanne fut réduite à l'état d'esclavage. En ce
temps où le système féodal sévissait dans toute sa rigueur, tout ce qui se
trouvait dans l'intérieur de la seigneurie, appartenait au seigneur : les chaumières, le
hameau, le moulin, le pressoir, les routes et les chemins, les récoltes, les monts et la
plaine, le gibier et les poissons, les animaux domestiques reproducteurs.
Les vassaux, aux
différents degrés de l'échelle sociale, devaient à leur supérieur ou suzerain la
fidélité, "l'ost" ou service militaire, et les impôts, soit
en corvée, soit en monnaie, suivant les cas.
En résumé, le serf,
placé au dernier échelon, était la chose du châtelain au même titre qu'un animal. Il
n'avait pas le droit de quitter la terre où il était attaché, pouvait voir ses
récoltes saccagées par le hasard de la chasse seigneuriale, être jugé par son seigneur
pour quelque méfait, plus ou moins grave, être emprisonné, ou pendu, sans recours
aucun. Il nourrissait ce seigneur, l'entretenait et s'il le fallait, enrôlé de force
dans ses bandes armées, l'aidait à se défendre contre la colère ou la cupidité de ses
rivaux.