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Histoire de Pierre-Perthuis par Jules-Marie Genty

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 COMMENT NOUS AVONS FOUILLÉ LES RUINES

    On sait qu'après la prise du château, par le maréchal Daumont, les bâtiments furent incendiés. Il est infiniment probable qu'il avait été pillé auparavant.

     Après la destruction de la forteresse, de longues années on remua les ruines pour trouver les pierres nécessaires d'abord à la construction du petit castel, ensuite à l'édification de diverses maisons où elles sont encore reconnaissables. Au cours de ces travaux de dégagement, les chercheurs ont dû faire certaines trouvailles intéressantes. Si bien que les fouilles que nous avons faites à de nombreux emplacements à l'intérieur de différents restes de bâtiments, si elles nous ont permis de retrouver les assises de bien des murs et de préciser ainsi, mieux que nos devanciers, le plan des constructions, ne nous ont livré que de menus objets, quelquefois entiers, le plus souvent brisés.

     Nos recherches personnelles ont été pratiquées à beaucoup d'endroits, au cours de plusieurs années. Dans de nombreux cas, la couche de terre meuble enlevée, nous avons trouvé un lit de tuiles brisées, mêlées avec des débris de charpente, carbonisés.

     C'est dans cet amas que nous redoublions d'attention, jusqu'à ce que nous ayons enfin atteint les restes du dallage, carrelage ou pavage. Il est vraisemblable que les salles de cette demeure étaient aménagées avec un certain luxe (du moins pour l'époque), car nous avons mis à jour des débris de vases en verre et du verre à vitres en quantité assez importante. Beaucoup de pierres étaient taillées avec soin et certaines, même moulurées. On en voit encore qui sont incorporées aux murs de plusieurs maisons du village.

     Nous avons remarqué que les restes de revêtements intérieurs des murs, de salles d'habitation étaient de chaux fine très blanche, une bande rouge, d'à peu près un centimètre de largeur formait cimaise.

     Nous avons retrouvé des carreaux de carrelage brisés, en quantité, mais peu d'entiers; les uns étant unis et de couleur brune, blanche ou verte. D'autres étaient ornementés, de couleur brune et blanche combinées. A notre connaissance, il existait des carreaux d'au moins treize dessins différents. tous ces carreaux, unis et ornementés, étaient carrés, sauf ceux qui venaient en bordure, lesquels étaient soit de forme triangulaire, dès avant cuisson, soit carrés, avec un trait profond, pratiqué en diagonale dans le pâté, pour faciliter la rupture au moment de la pose. Ajoutons que certains de ces carreaux étaient mats et d'autres vernis.

     Le carrelage était employé dans la plupart des salles, par contre, la cuisine et les communs étaient dallés. La cuisine avait des dalles de pierre bien taillées, mais de grandeurs disparates. Les autres pièces dallées comportaient chacune des dalles de diemnsions régulières. Il était utilisé, selon lieu, trois dimensions : 33 x 37  35 x 30 et 20 x 27 centimètres. La plupart de ces dalles étaient éclatées apr l'action du feu.

     Nous avons mis à jour, dans ce qui fut la cuisine, un foyer fait de terre à poterie : l'assise de ce foyer était constitué par une grosse pierre carrée, grossièrement taillée, mais polie à certains endroits par l'usage. Sur cette pierre adhérait, par la rouille un couteau de cuisine qui conservait encore une partie de son manche en bois. Une assez grande quantité de débris de vases en terre cuite, se trouvaient aussi à cet endroit.

CE QUE NOUS Y AVONS TROUVÉ - OBJETS EN FER

     Nombreux fers pour chevaux (certains de ces fers portent des sortes de crampons qui font penser à une sorte de ferrage à glace.

     Un boulet en fonte, pesant 0kg.650. Boucles, anneaux et chaînes de harnachement. Fragments de cotte de mailles ; fragments d'armures ; éperons ; étriers. Anses de marmites et de seaux.

     Trente-deux pointes de flèches ; fragments d'épées ; anneaux en fer (d'habillement) ; un fer à lance ; huit chausse-trappes ; un ressort d'arbalète ; plusieurs couteaux, dont un en parfait état, a été trouvé sous une pierre formant la base d'une cavité située à gauche, dans le couloir menant à la citerne. Ce couteau fermant porte sur la lame une marque indéchiffrable ; le manche est filigrané de cuivre et d'argent ; quelques petites perles sont serties dans le bois.

     Des tenailles, crochets, clous de toutes sortes, gonds de portes, poignées de meubles ou de portes.

     Une paire de ciseaux, deux sortes de trépieds dont nous n'avons pas deviné l'usage, treize clés de serrures, un outil dont nous ignorons aussi l'usage et d'autres objets divers, moins intéressants ainsi que des blocs de mâchefer.

     Objets en cuivre ou en laiton : boucles d'habillement, dont certaines ornementées, un anneau de cuivre non fermé pouvant s'adapter à différentes grosseurs du doigt, une banderole de fourreau d'épée, une en-tête de croix, une suspension de lampe à huile, une petite cuiller, une palette, trouvée à un m. cinquante sous le carrelage, donc bien antérieure à la dernière construction du château, enfin un amas de cuivre fondu par l'incendie.

     Objets en métal blanc : Ferrets de cuirasse.

     Objets en bronze : un pied de meuble, une croix ciselée trouvée dans le cimetière présumé, derrière l'auberge.

     Objets en argent : un petit anneau natté, un petit amas d'argent fondu par l'incendie.

     Objets en plomb : un cachet (cassé en deux morceaux au cours du nettoyage), sans légende, au centre un écu sans armes parlantes.

      Objets en pierre : un boulet de bombarde de 0 m.15 de diamètre pesant 3 kilos 500, plusieurs morceaux de mortier à piler, un morceau de pierre taillée figurant les plis d'un vêtement (cet objet est vraisemblablement un reste de statue antérieure au château).

    Objets en marbre : débris de mortier à piler ; fragment mouluré (très probablement en provenance des villas gallo-romaines).

     Objets en verre : pieds de verre à boire ; fragments de vitres.

     Objets en os : une petite perle ; une sorte d'aiguille.

     Objets en ivoire : deux petites cornes.

     Objets en corne ou similaire : cinq morceaux de bois de cerf, ébauchés pour être travaillés.

    Objets en terre cuite : douze carreaux de carrelage entiers, ornementés (nous en avons trouvé également d'autres inachevés, l'englobe n'avait pas été mise dans les cavité des dessins), et plusieurs carreaux triangulaires entiers ; une grosse perle en terre vernissée, jaune ; débris de vases et de poteries diverses, en terre brune, rouge, noire et grise. Nous avons pu reconstituer presque en entier, une sorte de gourde de forme annulaire originale ; des anses de vases, parfois ornementés.

     Monnaies : Les pièces de monnaie ou jetons, trouvés au cours de nos recherches sont au nombre d'une trentaine, frappées sous les règnes de :

     Louis XI, Charles V, Philippe le Bon, Charles le Téméraire et même par ordre de Hugues duc de Bourgogne, Merhaut et Robert de Dompierre, comtesse et comtes de Nevers. Trois monnaies de Henri V, roi d'Angleterre, appelées "blanc Niguet" de Rouen, parce que les anglais le frappait dans cette ville. Une monnaie de Henri VI, roi d'Angleterre "blanc aux écus". Il est probable que ces monnaies anglaises avaient été perdues pendant l'occupation.

     une petite monnaie arabe montée en bouton (fait assez curieux). Elle dut être rapportée de Palestine, mais ne porte pas la date mahométane de sa frappe.

     Relatons encore qu'au cours de nos fouilles, un sceau, rejeté avec les déblais est passé inaperçu. Ramassé par un promeneur, celui-ci en a fait don au musée de Vézelay. Nous nous sommes présentés au musée pour voir cet objet. Le sceau est en cuivre, la légende en minuscules XVe siècle. Sous un dais gothique est un personnage debout, en tenue ecclésiastique, tenant, de la main gauche, un rameau, et bénissant de la droite. Un autre personnage, à genoux, devant lui, les mains jointes. La scène représentée et aussi les caractères de la légende du chachet, présentent une analogie troublante avec le vitrail de la chapelle que nous avons décrit au chapitre : "l'église de Pierre-Perthuis". Nous avons été autorisés à prendre l'empreinte de ce cachet, empreinte que nous avons conservée. Nous croyons lire dans la première partie de la légende : "Sainte Maure", le reste est indéchiffrable.

     nous terminerons cette étude en disant que nos travaux nous ont finalement permis d'établir une maquette du château et de ses défenses.

     Quelques trouvailles d'objets gallo-romains : le temps et les ressources nous ont manqué pour effectuer des recherches aux emplacements présumés des deux villas gallo-romaines, qui existaient aux abords de Pierre-Perthuis.

     Nous sommes cependant persuadés qu'il existe, en sous-sol, à ces endroits, des vestiges importants de ces constructions, et c'est avec curiosité que nous avons suivi, à plusieurs reprises, le travail des laboureurs. Cette curiosité nous a permis de ramasser, presque à fleur de terre, quelques objets d'origine gallo-romaine que nous avons groupés dans une vitrine à part.

     La trouvaille de ces menues choses avive nos regrets de ne pouvoir mieux faire. N'y a-t-il pas là, sous nos pieds, des restes d'architecture dignes d'être mis à jour, comme l'on été les "Fontaines Salées" ? (thermes gallo-romain, près de Saint-Père-sous-Vézelay. Musée à visiter à Saint-Père).

  

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