COMMENT NOUS AVONS FOUILLÉ LES RUINES
On sait qu'après la prise du
château, par le maréchal Daumont, les bâtiments furent incendiés. Il est infiniment
probable qu'il avait été pillé auparavant.
Après la destruction
de la forteresse, de longues années on remua les ruines pour trouver les pierres
nécessaires d'abord à la construction du petit castel, ensuite à l'édification de
diverses maisons où elles sont encore reconnaissables. Au cours de ces travaux de
dégagement, les chercheurs ont dû faire certaines trouvailles intéressantes. Si bien
que les fouilles que nous avons faites à de nombreux emplacements à l'intérieur de
différents restes de bâtiments, si elles nous ont permis de retrouver les assises de
bien des murs et de préciser ainsi, mieux que nos devanciers, le plan des constructions,
ne nous ont livré que de menus objets, quelquefois entiers, le plus souvent brisés.
Nos recherches
personnelles ont été pratiquées à beaucoup d'endroits, au cours de plusieurs années.
Dans de nombreux cas, la couche de terre meuble enlevée, nous avons trouvé un lit de
tuiles brisées, mêlées avec des débris de charpente, carbonisés.
C'est dans cet amas que
nous redoublions d'attention, jusqu'à ce que nous ayons enfin atteint les restes du
dallage, carrelage ou pavage. Il est vraisemblable que les salles de cette demeure
étaient aménagées avec un certain luxe (du moins pour l'époque), car nous avons mis à
jour des débris de vases en verre et du verre à vitres en quantité assez importante.
Beaucoup de pierres étaient taillées avec soin et certaines, même moulurées. On en
voit encore qui sont incorporées aux murs de plusieurs maisons du village.
Nous avons remarqué
que les restes de revêtements intérieurs des murs, de salles d'habitation étaient de
chaux fine très blanche, une bande rouge, d'à peu près un centimètre de largeur
formait cimaise.
Nous avons retrouvé
des carreaux de carrelage brisés, en quantité, mais peu d'entiers; les uns étant unis
et de couleur brune, blanche ou verte. D'autres étaient ornementés, de couleur brune et
blanche combinées. A notre connaissance, il existait des carreaux d'au moins treize
dessins différents. tous ces carreaux, unis et ornementés, étaient carrés, sauf ceux
qui venaient en bordure, lesquels étaient soit de forme triangulaire, dès avant cuisson,
soit carrés, avec un trait profond, pratiqué en diagonale dans le pâté, pour faciliter
la rupture au moment de la pose. Ajoutons que certains de ces carreaux étaient mats et
d'autres vernis.
Le carrelage était
employé dans la plupart des salles, par contre, la cuisine et les communs étaient
dallés. La cuisine avait des dalles de pierre bien taillées, mais de grandeurs
disparates. Les autres pièces dallées comportaient chacune des dalles de diemnsions
régulières. Il était utilisé, selon lieu, trois dimensions : 33 x 37 35 x 30 et
20 x 27 centimètres. La plupart de ces dalles étaient éclatées apr l'action du feu.
Nous avons mis à jour,
dans ce qui fut la cuisine, un foyer fait de terre à poterie : l'assise de ce foyer
était constitué par une grosse pierre carrée, grossièrement taillée, mais polie à
certains endroits par l'usage. Sur cette pierre adhérait, par la rouille un couteau de
cuisine qui conservait encore une partie de son manche en bois. Une assez grande quantité
de débris de vases en terre cuite, se trouvaient aussi à cet endroit.
CE QUE NOUS Y AVONS TROUVÉ - OBJETS
EN FER
Nombreux fers pour
chevaux (certains de ces fers portent des sortes de crampons qui font penser à une sorte
de ferrage à glace.
Un boulet en fonte,
pesant 0kg.650. Boucles, anneaux et chaînes de harnachement. Fragments de cotte de
mailles ; fragments d'armures ; éperons ; étriers. Anses de marmites et de seaux.
Trente-deux pointes de
flèches ; fragments d'épées ; anneaux en fer (d'habillement) ; un fer à lance ; huit
chausse-trappes ; un ressort d'arbalète ; plusieurs couteaux, dont un en parfait état, a
été trouvé sous une pierre formant la base d'une cavité située à gauche, dans le
couloir menant à la citerne. Ce couteau fermant porte sur la lame une marque
indéchiffrable ; le manche est filigrané de cuivre et d'argent ; quelques petites perles
sont serties dans le bois.
Des tenailles,
crochets, clous de toutes sortes, gonds de portes, poignées de meubles ou de portes.
Une paire de ciseaux,
deux sortes de trépieds dont nous n'avons pas deviné l'usage, treize clés de serrures,
un outil dont nous ignorons aussi l'usage et d'autres objets divers, moins intéressants
ainsi que des blocs de mâchefer.
Objets en cuivre ou
en laiton : boucles d'habillement, dont certaines ornementées, un anneau de cuivre
non fermé pouvant s'adapter à différentes grosseurs du doigt, une banderole de fourreau
d'épée, une en-tête de croix, une suspension de lampe à huile, une petite cuiller, une
palette, trouvée à un m. cinquante sous le carrelage, donc bien antérieure à la
dernière construction du château, enfin un amas de cuivre fondu par l'incendie.
Objets en métal
blanc : Ferrets de cuirasse.
Objets en bronze :
un pied de meuble, une croix ciselée trouvée dans le cimetière présumé, derrière
l'auberge.
Objets en argent :
un petit anneau natté, un petit amas d'argent fondu par l'incendie.
Objets en plomb :
un cachet (cassé en deux morceaux au cours du nettoyage), sans légende, au centre un
écu sans armes parlantes.
Objets en
pierre : un boulet de bombarde de 0 m.15 de diamètre pesant 3 kilos 500, plusieurs
morceaux de mortier à piler, un morceau de pierre taillée figurant les plis d'un
vêtement (cet objet est vraisemblablement un reste de statue antérieure au château).
Objets en marbre :
débris de mortier à piler ; fragment mouluré (très probablement en provenance des
villas gallo-romaines).
Objets en verre :
pieds de verre à boire ; fragments de vitres.
Objets en os :
une petite perle ; une sorte d'aiguille.
Objets en ivoire :
deux petites cornes.
Objets en corne ou
similaire : cinq morceaux de bois de cerf, ébauchés pour être travaillés.
Objets en terre cuite :
douze carreaux de carrelage entiers, ornementés (nous en avons trouvé également
d'autres inachevés, l'englobe n'avait pas été mise dans les cavité des dessins), et
plusieurs carreaux triangulaires entiers ; une grosse perle en terre vernissée, jaune ;
débris de vases et de poteries diverses, en terre brune, rouge, noire et grise. Nous
avons pu reconstituer presque en entier, une sorte de gourde de forme annulaire originale
; des anses de vases, parfois ornementés.
Monnaies : Les
pièces de monnaie ou jetons, trouvés au cours de nos recherches sont au nombre d'une
trentaine, frappées sous les règnes de :
Louis XI, Charles V,
Philippe le Bon, Charles le Téméraire et même par ordre de Hugues duc de Bourgogne,
Merhaut et Robert de Dompierre, comtesse et comtes de Nevers. Trois monnaies de Henri V,
roi d'Angleterre, appelées "blanc Niguet" de Rouen, parce que les anglais le
frappait dans cette ville. Une monnaie de Henri VI, roi d'Angleterre "blanc aux
écus". Il est probable que ces monnaies anglaises avaient été perdues pendant
l'occupation.
une petite monnaie
arabe montée en bouton (fait assez curieux). Elle dut être rapportée de Palestine, mais
ne porte pas la date mahométane de sa frappe.
Relatons encore qu'au
cours de nos fouilles, un sceau, rejeté avec les déblais est passé inaperçu. Ramassé
par un promeneur, celui-ci en a fait don au musée de Vézelay. Nous nous sommes
présentés au musée pour voir cet objet. Le sceau est en cuivre, la légende en
minuscules XVe siècle. Sous un dais gothique est un personnage debout, en tenue
ecclésiastique, tenant, de la main gauche, un rameau, et bénissant de la droite. Un autre
personnage, à genoux, devant lui, les mains jointes. La scène représentée et aussi les
caractères de la légende du chachet, présentent une analogie troublante avec
le vitrail
de la chapelle que nous avons décrit au chapitre : "l'église de
Pierre-Perthuis". Nous avons été autorisés à prendre l'empreinte de ce cachet,
empreinte que nous avons conservée. Nous croyons lire dans la première partie de la
légende : "Sainte Maure", le reste est indéchiffrable.
nous terminerons cette
étude en disant que nos travaux nous ont finalement permis d'établir une maquette du
château et de ses défenses.
Quelques
trouvailles d'objets gallo-romains : le temps et les ressources nous ont manqué pour
effectuer des recherches aux emplacements présumés des deux villas gallo-romaines, qui
existaient aux abords de Pierre-Perthuis.
Nous sommes cependant
persuadés qu'il existe, en sous-sol, à ces endroits, des vestiges importants de ces
constructions, et c'est avec curiosité que nous avons suivi, à plusieurs reprises, le
travail des laboureurs. Cette curiosité nous a permis de ramasser, presque à fleur de
terre, quelques objets d'origine gallo-romaine que nous avons groupés dans une vitrine à
part.
La trouvaille de ces
menues choses avive nos regrets de ne pouvoir mieux faire. N'y a-t-il pas là, sous nos
pieds, des restes d'architecture dignes d'être mis à jour, comme l'on été les "Fontaines
Salées" ? (thermes gallo-romain, près de
Saint-Père-sous-Vézelay. Musée à visiter à Saint-Père).